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Agriculture Jérémy Ditner voit l’avenir en bio

L'Alsace 1/9/2017

À Ammertzwiller, Jérémy Ditner, 29 ans, a repris les rênes de l’Earl du Krebsbach, qu’il veut convertir progressivement à l’agriculture bio pour mieux « se rapprocher du consommateur ». Une suite logique pour l’exploitation familiale, engagée depuis des années dans la réduction des produits phytosanitaires et la protection de la ressource en eau.


Jérémy Ditner a repris depuis cette année l’exploitation familiale, l’Earl du Krebsbach, à Ammertzwiller. Avec la ferme intention d’aller plus loin dans la réduction des intrants et la protection de la ressource en eau.


Il fait partie de cette nouvelle génération d’agriculteurs, passionnée, sérieusement calée en agronomie… et débordante d’idées quand il s’agit d’inventer l’avenir d’une profession confrontée au « marché mondial » et chamboulée par des crises chroniques. À 29 ans, Jérémy Ditner a repris depuis cette année l’exploitation familiale, l’Earl du Krebsbach, fondée à Ammertzwiller par son grand-père, Léon Ditner, puis exploitée par son père, Mathieu Ditner, à la fin des années soixante-dix. Un passage de relais qui s’était fait en douceur, depuis l’été 2014.

Formé à l’ESA d’Angers


Titulaire d’un bac scientifique décroché au lycée agricole de Rouffach, Jérémy avait d’abord obtenu un BTS Agronomie en productions végétales avant de suivre une formation Agricadre à l’École supérieure d’agriculture (ESA) d’Angers. Il termine sa scolarité en 2010, avec un équivalent bac + 4 et surtout de solides connaissances techniques en productions agricoles, mais aussi en commerce, marketing et stratégie d’entreprise agricole. Fraîchement diplômé, Jérémy avait intégré une société de négoce de Neuf-Brisach, en attendant de concrétiser son projet de reprise de l’exploitation familiale. De retour à Ammertzwiller en 2014, il a pris dans un premier temps la cogérance de l’Earl du Krebsbach, tout en maintenant son activité salariée. Une double casquette qu’il conserve aujourd’hui encore.

 

Un label bio pour 2020


« Il faut avoir une vision globale du territoire », explique le jeune agriculteur. Son credo : développer encore l’exploitation vers les circuits courts, tout en allant plus loin dans la réduction des intrants et la protection de la ressource en eau. Une démarche qu’avait déjà initiée son père il y a une quinzaine d’années. « Une partie non négligeable de l’exploitation se situe en zone de captage », signale Jérémy. Sur les 85 hectares que compte l’Earl du Krebsbach, de nombreuses parcelles « à enjeu environnemental fort » ont conduit l’exploitation à innover au fil des décennies. Dès 1993, le père, Mathieu Ditner, avait ainsi été l’un des précurseurs de la culture du miscanthus, cultivé sans apport d’engrais ni pesticide. Un projet collectif avec d’autres agriculteurs du secteur avait ensuite été lancé en 2007 pour cultiver une trentaine d’hectares sur la zone de captage. Avec une première « reconquête de la qualité de l’eau » à la clé. « Il y a eu une prise de conscience globale du monde agricole sur cette zone de captage », souligne Jérémy. En parallèle, l’Earl du Krebsbach a introduit le non-labour depuis plus de dix ans, tout en s’engageant dans la réduction des produits phytosanitaires. Un « challenge » que Jérémy Ditner entend bien continuer à relever ces prochaines années.
C’est presque une « suite logique » pour le nouveau gérant de l’exploitation, qui a entamé depuis cette année une conversion à l’agriculture biologique, d’abord sur une quinzaine d’hectares situés en zone de captage. Une démarche vers le bio encore rare chez les céréaliers. « Une réponse à l’environnement réglementaire. » Mais pas seulement. Le jeune exploitant y voit aussi l’occasion de diversifier sa production pour se « démarquer du marché mondial » et « retrouver un contact direct avec le consommateur ». Aujourd’hui, maïs, blé et soja constituent l’essentiel de la production, qui part inévitablement en filière longue. « Aujourd’hui, quand je vends mon maïs ou mon blé, je ne sais pas à quoi il va servir et qui va le consommer … »

« Reconquérir de la valeur ajoutée »


Fort de l’expérience de vente directe du paillage de miscanthus (lire en encadré), Jérémy réfléchit donc à l’intégration de nouvelles cultures « valorisables sans transformation ». Lentilles, pommes de terre et, pourquoi, pas un peu de légumes ? Sur les futures parcelles bio, on devrait retrouver du seigle, du soja ou encore un mélange luzerne et trèfle. La conversion de 15 hectares en agriculture biologique ne devrait être qu’une première étape pour Jérémy Ditner, qui compte décrocher le fameux label « AB » d’ici 2020… avant de convertir progressivement l’ensemble des 85 hectares de l’exploitation. Un travail de longue haleine… et qui réclame une grande technicité. « Le bio risque d’être plus chronophage, ça demande davantage d’observation, de mobiliser de nouvelles connaissances agronomiques… » Sans compter les indispensables investissements pour le désherbage mécanique et autres outils de précision. Mais le jeu devrait en valoir la chandelle…


« L’objectif, c’est aussi de limiter les intermédiaires », explique Jérémy Ditner, qui espère bien s’affranchir du marché mondial et « reconquérir de la valeur ajoutée ». Preuve que la démarche du nouveau gérant de l’Earl du Krebsbach a de l’avenir, son projet d’installation figure parmi les 10 finalistes du trophée 2017 « Graines d’agriculteurs » ( le palmarès final sera connu en septembre). Et le Sundgauvien a même eu les honneurs du journal télévisé de nos confrères de TF1, avec un reportage diffusé au cours de l’été.

 

L’Alsace 01/09/2017