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Actualités

Les ambitions des jeunes pousses

L'Alsace 25/10/2017

Le domaine Robert-Roth, à Soultz, est en pleine transformation. Avec l’arrivée de Victor, qui représente la nouvelle génération, l’exploitation poursuit sa conversion en bio et cherche à produire des vins de très grande qualité, vinifiés sans aucun artifice. Une voie d’excellence pour séduire une nouvelle clientèle, mais sans jamais renier les fidèles.

Désormais, ils sont quatre Roth (de g. à dr. Victor, Patrick, Greg et Christophe), de deux générations, à prendre soin du domaine familial, à Soultz

Dans la famille Roth, le premier millésime mis en bouteille et étiqueté par le domaine, à Soultz, l’a été en 1947 par Victor, vigneron indépendant. Soixante-dix ans plus tard, c’est son arrière-petit-fils, lui aussi prénommé Victor, qui se charge de toute la vinification. Entre les deux, l’exploitation, l’une des plus au sud de la Route des Vins, a connu une petite révolution.


Le premier Victor était certes vigneron mais il ne vivait pas uniquement de cette activité. Il avait aussi des bovins et des céréales. C’est son fils, Robert, qui en 1972 a transformé le domaine afin de pouvoir se consacrer entièrement à la vigne. En 1886, Robert disparaît brutalement. Et ce sont ses fils, Patrick et Christophe, âgés de 24 et 18 ans, qui ont repris les rênes de l’exploitation, le premier se chargeant plus spécifiquement du travail en cave, le deuxième préférant l’entretien des vignes.

 

Conversion en bio

Aujourd’hui, alors même que Soultz peine à mettre en avant son image de commune viticole - il y a pourtant 20 exploitants et 150 ha de vignes sur le ban communal - Victor, le fils de Patrick, souhaite poursuivre la transformation du domaine. « Nous sommes aujourd’hui les derniers vignerons indépendants du village. Nos 14 ha sont à Soultz et ils sont vinifiés ici » , rappelle-t-il. En effet, les autres exploitants travaillent avec des coopératives, notamment la Cave du Vieil Armand, et avec des négociants. « Pourtant, nous pouvons être fiers de notre terroir, qui produit des degrés sympas. C’est même une des raisons pour lesquelles les coopératives cherchent du raisin par ici. »


Ces dernières années, Patrick et Christophe se sont intéressés à la culture bio. « À l’école, on avait appris à utiliser les produits phytosanitaires. On nous disait que les rendements étaient meilleurs et que ça demandait moins de travail. Alors oui, on en a utilisé. Ce qui ne nous a pas empêchés, il y a 20 ans, de faire un premier stage à Rouffach sur la culture en bio. Mais on n’était certainement pas encore prêt à faire le pas » , raconte Christophe. La prise de conscience de la nécessité de travailler autrement s’est donc faite progressivement. « Aujourd’hui, on revient en arrière mais pour de bonnes raisons. On ne désherbe plus chimiquement depuis 2009. Et depuis 2016, nous avons commencé officiellement notre conversion en bio » , poursuit Patrick. Au départ, certains de leurs voisins les ont regardés faire, dubitatifs. « Depuis, ils se sont mis à labourer le vignoble eux aussi… »


Pendant ce temps-là, le jeune Victor, comme beaucoup de fils de vignerons, a commencé des études au lycée agricole de Rouffach. Il décroche un bac S puis un BTS viticulture oenologie. Là, il part faire un stage en Champagne, chez Louis Roederer. Et il rencontre deux étudiants qui suivent une formation d’ingénieur oenologue. C’est comme cela qu’il intègre l’école de Changins, à Nyon, en Suisse. Ce parcours lui a permis de voyager et de voir comment on travaille ailleurs, que ce soit en Californie ou en Italie.


« Mais je n’avais pas envie d’aller trafiquer des milliers de litres de Sauvignon… Mon envie, c’était de travailler sur la qualité, de rencontrer des gens qui travaillent autrement. J’avais rencontré Olivier Humbrecht en 2010 lors d’une dégustation et le courant était bien passé. Je suis donc parti travailler chez lui, à Turckheim, pendant deux ans. Pendant cette période, j’ai plus appris qu’à l’école » , estime Victor, pour qui Olivier est devenu un mentor et le travail de ses équipes, un modèle.


De retour chez lui, à Soultz, le jeune homme a proposé de prendre en charge totalement la vinification du millésime 2017. Son oncle l’y pousse, son père est un peu plus prudent. « Cette année, tu assumes ! » lui lance-t-il, presque en forme de défi mais aussi avec une certaine fierté. « Je me lance un peu sans filet » , concède Victor, qui a choisi de faire des vins à la manière d’Olivier, sans levure, sans enzymes, juste avec un peu de souffre. « Il l’a fait là-bas, pourquoi ça ne fonctionnerait pas chez nous ? » avance confiant Christophe.

 

Des vins très nature

Vinifier autrement, faire ressortir les spécificités de chaque lieu-dit, produire d’autres vins, c’est aussi modifier son offre. « Notre clientèle est plutôt fidèle, française et privée. C’est intéressant pour l’entreprise, ils nous font vivre. L’objectif, c’est de ne pas les perdre tout en prévoyant d’autres débouchés » , insiste Victor, bien conscient que le consommateur d’aujourd’hui n’est pas le même que celui d’hier. Il consomme moins mais il a d’autres exigences et, si la qualité est là, il accepte de payer le prix. Le projet, chez les Roth, c’est donc de créer une nouvelle gamme de vins, avec des élevages longs, au moins jusqu’aux vendanges suivantes. « Nous allons aussi les toucher le moins possible, privilégiant autant que possible l’élevage sur lies. Cette démarche demande moins de travail en cave mais nécessite un contrôle permanent » , explique Victor. « Avant, quand mon père et mon oncle travaillaient seuls sur le domaine, c’était difficile. Maintenant, nous sommes quatre, je peux venir tous les matins contrôler les jus. »


À compter du millésime 2016, les vins du domaine seront donc déclinés en deux gammes, les « Terres de grès » et les lieux-dits. « Les mots tradition ou réserve sont utilisés partout et ils perdent un peu de leur sens. Là, au moins, on se réfère à la nature de nos sols, qui contiennent
presque tous du grès sous différentes formes : on a des marnes gréseuses, des sols calcaro-gréseux… Tout est vinifié de manière parcellaire puis nous ferons des assemblages avec certains jus, nous en laisserons d’autres maturer seuls. » Mais il est toujours question d’augmenter la qualité.


Pour les lieux-dits, la famille tient particulièrement au Mittelbourg : « C’est un peu notre grand cru à nous. Et il est bien placé pour obtenir le titre de premier cru » , précise le jeune vigneron. « C’est un terroir proche de ceux du Bollenberg, du Vorbourg ou encore du Hengst. » Autre lieu-dit qui compte : le Orschwillerbourg. « Là, on a des pentes douces sur marnes gréseuses, un sol plus profond mais filtrant et assez pauvre. » Le résultat ? Ce sera par exemple deux gewurztraminers très différents ! Comme la maison a choisi des élevages longs, il faudra attendre encore un peu pour pouvoir les déguster. Ces vins sont néanmoins prometteurs.

 

L’Alsace 25/10/2017