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Actualités

Maladies du bois : Colmar en pointe

L'Alsace 21/06/2017

Parmi les neuf lauréats du programme de recherche national portant sur le dépérissement du vignoble figurent l’antenne de l’Inra et l’université de Haute Alsace, à Colmar. L’UHA est d’ailleurs la seule université française à décrocher un financement pour son programme de lutte contre les maladies du bois.

 

 

Christophe Bertsch, directeur du laboratoire Vigne biotechnologies et environnement, à l’UHA à Colmar : « La vérité ne viendra que du vignoble. »

 

Dans le cadre du Plan national de dépérissement du vignoble, le ministère de l’Agriculture, FranceAgriMer et le Cniv ont retenu finalement neuf programmes de recherche dont deux projets alsaciens. Le projet Vaccivine , porté par l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) de Colmar, se concentre sur la prémunition à l’égard du court-noué (lire ci-contre), une maladie virale de la vigne qui pourrait prendre de l’ampleur. Seule université française lauréate, l’UHA a été retenue pour son projet Euréka coordonné par Christophe Bertsch.

Appel aux volontaires


Le directeur du laboratoire Vigne biotechnologies et environnement a réussi à mobiliser toute la filière (Association des viticulteurs d’Alsace, Civa, Chambre d’agriculture, Institut français de la vigne, lycée de Rouffach) autour d’une fusée à trois étages. L’objectif du programme établi sur trois ans est de contrer l’essor des maladies du bois ( L’Alsace du 20 janvier).


Les champignons pathogènes responsables de l’esca, l’eutypiose ou le Black Dead Arm ont la particularité d’être très virulents (ou pas), comme en témoigne le taux de mortalité observé dans le vignoble. « Nous sommes d’ailleurs à la recherche de parcelles de traitement », signale Christophe Bertsch qui souhaiterait valider l’intérêt prophylactique de l’endothérapie végétale, une alternative au curetage manuel (et fastidieux) du cep. La technique consiste à placer des molécules anti-fongiques au coeur du cep, des molécules chimiques et/ou biologiques injectées après avoir percé le bois dans sa partie morte. « Une façon de désinfecter le pied comme le faisait l’arsénite de soude », interdit en 2001. Ce moyen de lutte curative « ciblée sur des pieds qui montrent déjà des symptômes d’infection » a déjà débuté dans des parcelles du lycée agricole, à Rouffach.

 

Le second volet du programme prévoit de placer le Vitis Sylvestris , la vigne mère de celle cultivée dans le monde, au coeur d’une « nouvelle architecture de la vigne ». Le Vitis sylvestris a beaucoup de vertus dont celle d’avoir « une sensibilité très faible aux champignons impliqués dans les maladies du bois ». D’où l’idée simple et logique de s’en servir entre le porte-greffe (le système racinaire) et la variété (le cépage) ; un « double greffage » visant également à établir si oui ou non Vitis Sylvestris peut aider la partie aérienne à mieux se défendre.

 

Statistiques et pratiques culturales


« Les vieux hybrides présentent également des résistances intéressantes. Nous avons déjà procédé à ce type de greffage cet hiver sur pinot gris et gewurztraminer. Nous leur avons inoculé le complexe des champignons », de manière à observer le comportement de cette vigne-Frankenstein.


La « 3e action » d’Euréka implique un pépiniériste haut-rhinois avec lequel il s’agit d’évaluer les différents types de greffes : la F2, l’Oméga et la technique anglaise. Selon certaines observations, elles joueraient un rôle (mais lequel ?) dans l’essor ou l’absence des maladies du bois. Par ailleurs, il est également prévu d’évaluer « l’incidence du rajeunissement de cep », technique utilisée pour préserver le système racinaire. L’étude des pratiques culturales mobilise une trentaine d’agriculteurs, sous l’égide de l’IFV et de l’Ava, à des fins d’études statistiques. « La vérité ne viendra que du vignoble », estime Christophe Bertsch.

 

 

L’Alsace 21/06/2017